Yasmin Levy a été sensibilisée très tôt à la culture judéo espagnole. Son père, Yatzah Levy était l’une des figures les plus importantes de la recherche et préservation de cette culture ladino.
C’est donc naturellement que Yasmin Levy suit ses traces et devient à son tour, une ambassadrice du Ladino, par le chant, par sa voix et par une conscience spirituelle. Grâce à ces atouts, elle développe une capacité extraordinaire à exprimer les émotions et l’histoire de sa culture.
Dans son nouvel album la Juderia, elle combine culture ladino et flamenco en y mêlant des influences moyennes-orientales. Cette démarche correspond à un retour de 1200 ans auparavant, au temps où les Juifs arrivèrent en Espagne suivis par la conquête des Musulmans. Pendant près de 800 ans, Juifs et Musulmans vécurent en harmonie jusqu’à la conquête chrétienne en 1492, lorsque la reine Isabelle et le roi Ferdinand chassèrent les Juifs, qui laissèrent derrière eux l’influence d’une riche culture liturgique, la voix du Cantor, le Chazan.
Les Musulmans qui furent également chassés, laissèrent le chant magnifique de la prière du Muezzin depuis les mosquées.
Puis les Tsiganes arrivèrent, amenant avec eux un nouveau rythme à 12 temps. Ajouté aux influences vocales du Chazan et du Muezzin, ce mélange donna naissance à un style musical unique qui se développa en Andalousie pendant plus de 300 ans, connu sous le nom de Flamenco.
En même temps, les Juifs fuyant l’Espagne emportaient avec eux un héritage culturel y compris leur langue espagnole. Pendant cinq siècles les Juifs Sépharades ont conservé cette langue de l’exil espagnol comme langue vivante. Pendant des siècles cette langue a emprunté des idiomes des pays gagnés par les Juifs Ibériques, surtout la Turquie. Il y a peu d’éléments hébraïques, essentiellement dans les termes religieux comme haham, signifiant un rabbin. Bien que peu parlent le Ladino aujourd’hui, il existe récemment un nouvel intérêt pour cette langue en voie d’extinction. Les chansons Ladino ravivent ce nouvel intérêt. Elles prennent plusieurs formes : romansas –ballades, poèmes narratifs et dramatiques, kantigas, des chansons lyriques, dont les plus populaires sont des chansons d’amour.
Le répertoire de Yasmin Levy inclut les deux types. On peut retrouver l’origine de la plupart de ces ballades à l’époque du moyen-age en Espagne.
En entrelaçant le souvenir musical du vieux monde Maure et Judéo espagnol et les sonorités du monde arabe Yasmin Levy embarque pour un voyage musical vieux de 500 ans, une « réconciliation musicale » de l’histoire d’une certaine façon…