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TEOFILO CHANTRE - Chanson du Cap Vert - Cap Vert
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« Fifi, je suis content pour ton succès. Je me souviens de quand j’étais petit et que tous les gamins de Cruz de Jom d’Ebra voyaient en toi un leader, et moi particulièrement, je savais que tu serais un grand artiste. Je revois les jeux de guerre que tu organisais, les « shows » de musique de R. Carlos, les escalades sur les collines, le célèbre sketch fait avec Rosinha (tu t’en souviens ?). Les gens de Cruz sont fiers de toi et ta musique nous touche beaucoup. Malheureusement, beaucoup de gars de ta génération sont perdus. Tu es un exemple à suivre. Je me charge de te présenter auprès des plus jeunes et de ne pas t’oublier ».
(Tuka de J. Bento)

Ces lignes émouvantes envoyées par un ami d’enfance sur le site de Teofilo Chantre disent toute la musique de ce chanteur à l’abord réservé, comme beaucoup de Capverdiens, ciseleur de chansons qui vous pincent le cœur par leur charme irrésistible. Teofilo a patiemment, amoureusement, poli treize perles pour ce cinquième album, le plus varié, plus enjoué aussi pour ses langoureuses coladeras, ces biguines africaines qui ont parfois le parfum du Brésil, à côté de ses mornas à la douceur infinie, sa saudade caressante et inconsolable. Il les chante d’une voix de velours sur des compositions de guitare, mêlée de violon, violoncelle, d’accordéon, de piano, de percussions discrètes et de quelques instruments électriques.
« Je me souviens que j’aimais chanter, inventer des mélodies. Je montais sur la colline et je chantais », raconte Teofilo. Il parle de son enfance et de sa prime adolescence passées à Cruz de Jom d’Ebra, son quartier à Mindelo, sur l’île de São Vicente, la ville par quoi tout est arrivé, tout a été révélé au monde, Cesaria Evora, la morna, la saudade, le Cap-Vert avec cette dizaine d’îles volcaniques au large du Sénégal, ancienne possession portugaise, où il ne pleut pas.

Né en 1963 sur l’île de São Nicolau, parti à un an à São Vicente, Teofilo a grandi auprès de ses grands-parents, situation que beaucoup de Capverdiens connaissent dans un pays dont la majorité des ressortissants vit à l’étranger. Le père de Teofilo s’est installé à Rotterdam, la mère à Paris après être passée par Hambourg. « J’ai rejoint ma mère à 14 ans. C’était le bonheur de la retrouver, mais aussi la peine d’avoir quitté mes grands-parents. La saudade ! J’avais quelques copains à qui je parlais beaucoup du Cap-Vert, mais à Paris, j’étais le plus souvent seul », raconte Teofilo qui, à l’époque, joue dans diverses associations capverdiennes, fêtes communautaires et remporte même un prix de la chanson lusophone alors qu’il est amoureux de la chanson brésilienne.

En 1992, Cesaria, la diva aux pieds encore nus, chantait Miss Perfumado, un nouvel album. Teofilo y avait signé trois titres. « J’avais plusieurs chansons en réserve. J’en écrivais depuis mes 16 ans, notamment la chanson Recordai qui est sur Miss Perfumado. C’est aussi l’âge où j’ai commencé à apprendre la guitare », se souvient Teofilo Chantre qui connaissait José da Silva, le producteur de Cesaria, depuis 1982, l’époque ou José était encore musicien et qu’ils répétaient ensemble dans plusieurs formations. Teofilo écrira et composera d’autres chansons pour Cesaria et c’est José qui produira son premier album, Terrra & Cretcheu, en 1993, première sortie de Teofilo hors de la communauté capverdienne de France.
On y découvre un timbre chaleureux, un jeu de guitare fluide, des compositions intimistes. La manière de faire brésilienne déjà présente, se retrouve souvent dans Viajà, comme si Teofilo inventait la bossa nova capverdienne, un léger jazz créole. Il suffit d’écouter son sublime duo Segunda Geração avec sa compatriote Mayra Andrade, elle aussi amoureuse de la mélodie brésilienne. D’autres chansons, la tendre et désabusée Chelicha (caprice), la fraternelle Appel pa tude Naçon (appel à toutes les nations), le regret Tchoro di Guiné (la complainte de la Guinée), le départ et la méditation avec Bô Viaja (bon voyage) ou l’amour déçu de Dérobade sont co-signés avec Vitorino Chantre, le père de Teofilo parolier dès les années 50, co-auteur avec l’un des plus grands auteurs de morna, Amandio Cabral, avant d’abandonner la chanson. C’est son fils qui lui donnera envie d’y revenir. « Il m’a toujours encouragé, c’est un juste retour des choses », dit Teofilo.
Viajà a été enregistré en partie à Mindelo avec la complicité du grand Bau, l’un des meilleurs musiciens du Cap-Vert, et de Hernani Almeida, le jeune guitariste qui monte. Une première pour Teofilo Chantre qui a chanté dans une ambiance particulière :« Nous prenions notre temps. Manger dans la convivialité avant d’enregistrer. C’était parfois magique, à l’exemple de la voix que j’ai sur le morceau Bô Viaja et que j’ai gardée. Je ne pourrai jamais la refaire à Paris ».


Discographie « TERRA & CRETCHEU » (1994) – CD Lusafrica 262882
« DI ALMA » (1997) – CD Lusafrica 262382
« RODATEMPO » (2000) – CD Lusafrica 362182
« LIVE » (2002) – CD Lusafrica 362632
« AZULANDO » (2004) – CD Lusafrica 362882

Nouvel album
Viajà – CD Lusafrica 462842 (dist. en France : SONY-BMG) – à paraître le 8 octobre 2007


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