
Née d’un père ivoirien et d’une mère hispano-marocaine à Paris, Laïka a été élevée essentiellement par des femmes (sa grand-mère, sa mère et sa tante) dans une famille juive marocaine. Elle tient à sa culture maternelle séfarade, ouverte sur les musiques méditerranéennes. Il est à la mode de parler de métissage ; parlons plutôt d’une culture assumée, de rencontres abouties. Il n’est peut-être pas étonnant que le jazz — qui trouve son universalité dans le fait d’être un langage et une culture adoptés — ait constitué l’horizon naturel d’une personnalité curieuse et désireuse de tenir un discours fort.
Ses diverses formations (Ariam Ile de France, Cim, IACP) ne sont pas à la source de ce qui fait la vérité de son chant : une expression personnelle fondée sur un vécu du jazz authentique. Ce n’est pas pour rien qu’elle a pu fréquenter des gens comme Antonio Hart, Roy Hargrove, David Linx… c’est à dire une école de musiciens dont le projet est un miroir du sien : être soi-même au sein d’un langage établi par de glorieux ancêtres qu’il ne s’agit pas d’annuler mais de respecter et de prolonger. Billie Holiday, Carmen McRae, Shirley Horn, Nina Simone et Abbey Lincoln sont pour Laïka des inspirations, des consoeurs et non des modèles à imiter ou éviter selon des options arbitraires.
Laïka se fait connaître en chantant avec le big band de Claude Bolling. Elle collabore également avec Sixun, Julien Lourau, Steve Williams, Antoine Roney, Michael Bowie, Richard Galliano... Par ailleurs, elle apprend la scène sur d’autres planches, celles du théâtre. Elle s’initie avec sérieux au métier d’actrice (L'Ecole du Théâtre de Chaillot avec Aziz Kabouch, stage avec Irina Brook, à la Cartoucherie avec Philippe Adrien, avec Jack Garfein de l'Actors’ Studio…). Sa participation à «A Drum is a Woman,» la comédie musicale d'Orson Welles et Duke Ellington avec Claude Bolling et Jérôme Savary est justement une synthèse aboutie de musique et de théâtre (Palais de Chaillot, 1996).Elle mène ainsi une double carrière de musicienne et d’actrice et joue au théâtre «Oli-Ola» d'Eva Kaczor, rôle d'Oli-Ola en 1999 ; «Peau d'Ane», par Jean-Luc Jeener au Théâtre du Nord Ouest, rôle de la fée en 1999/2000 ; «Variations sur un Thème» de Xaxier Lacouture, rôle du petit prince en 2000 ; «L'Indien en Smoking» d'Antoine Campo, musique de Villa-Lobos, au Conservatoire de Montreuil, rôle de Yara en 2000 ; «Los Sobrinos del Capitan Grant» adaptation de Jules Verne, mise en scène par Paco Mir au Théâtre de la Zarzuela à Madrid, rôle de la princesse Maori en 2001/2002/2003/2004/2006 ; Opéra-jazz de José Rivera & Laurent Cugny «La Tectonique des Nuages», mise en espace par François Rancillac au Théâtre de La Ville (Paris) & Festival Jazz à Vienne, rôle de Celestina del Sol en 2007. On la retrouve également dans «Hasards ou Coïncidences» de Claude LELOUCH.
Seulement voilà, le démon du jazz est le lieu où son expression personnelle prend toute son ampleur. C’est donc en vocaliste et leader d’un quintet qu’elle affirme sa musique.Là où la mode dicte de tourner le dos au jazz « classique » pour faire neuf, Laïka préfère se le réapproprier, ajoutant sa touche singulière si bien que d’habillages en renouvellement, les thèmes connus qu’elle interprète sont entièrement rénovés.