3DFAMILY
K'NAAN - Hip hop - Somalie/Canada
www.thedustyfoot.com

www.myspace.com/knaanmusic

« L’important a toujours été le message, les mots, ce que tu as à dire […] en Somalie, il ne faut pas forcément être un bon chanteur, ou avoir un bon son, mais il faut avoir quelque chose à dire. Voilà ce qu’est un bon musicien en Somalie. »
L’humilité qui se dégage de ces mots de K’NAAN n’occulte pas le fait que ce rappeur de 28 ans, non content d’avoir des choses à dire, les exploite à travers un flow digne des plus grands MCs de la planète, et sur des instrumentations admirablement travaillées, symbioses parfaites entre tradition et modernité, entre puissance électronique et souffle organique.

Installé à Toronto depuis une dizaine d’années, K’NAAN est un personnage profondément atypique, une pépite d’or dans le paysage hip-hop actuel. Son premier album se nourrit d’une histoire personnelle déjà digne d’un roman.

Ce scénario invraisemblable commence à Mogadiscio, capitale d’une Somalie alors déchirée entre hostilités avec l’Ethiopie et guerres civiles quasi génocides. K’NAAN y vit avec sa mère Marian Mohamed, son père Abdi, son grand-frère Liban et sa jeune sœur Sagal, dans le souvenir de Hadji Mohamed, grand-père de K’NAAN et poète de talent. « A sept ou huit ans en Somalie, tu es déjà pratiquement considéré comme un adulte » explique K’NAAN.

La guerre civile s’intensifiant de jour en jour, la mère de K’Naan multiplie les démarches auprès de l’ambassade américaine pour obtenir des visas, et la famille embarque finalement dans le dernier vol commercial au départ de Mogadiscio, les affrontements faisant rage aux portes mêmes de l’aéroport, direction New York.

« Dieu m’a protégé dans tellement de moments et de circonstances différentes. La plus grande protection que j’ai reçue n’a pas été d’éviter la mort, mais plutôt de n’avoir tué personne. C’est énorme. Lorsque vous tuez quelqu’un, vous portez ensuite tous ses fardeaux. C’est ça ma plus grande chance. J’ai des amis ou de la famille qui n’ont pas eu le choix, et qui ont du tuer. »

K’NAAN et sa famille s’installent donc à Harlem pour quelques mois, avant d’émigrer vers le Canada et Toronto, plus précisément à Rexdale, quartier réputé pour ses violences policières.

K’NAAN signifie en somali le voyageur, idiome qu’il est pour l’instant le seul à véritablement maîtriser. Il va donc apprendre l’anglais grâce aux rimes de Rakim, avant de quitter l’école afin de faire honneur à son patronyme en parcourant seul les Etats-Unis, l’Angleterre et la Suisse. Après deux ans de vadrouille, il revient à Toronto : « En Somalie, on ne porte jamais de chaussures. On apprend très tôt que nous provenons tous de la terre et que nous sommes amenés à y retourner. Je ne porte des chaussures que depuis le jour où j’ai quitté mon pays. C’est aussi simple que ça, mais tellement important à mes yeux. » Ainsi naissait le philosophe aux pieds poussiéreux…

De cet attachement profond aux valeurs de son pays, voire plus largement de son continent, à la tradition orale, aux croyances traditionnelles somaliennes, à l’Islam modéré qu’il s’évertue à défendre, il retire une maturité déconcertante, des réflexions philosophiques et historiques humblement laissées à l’appréciation de son public sur son site internet (www.thedustyfoot.com), mais surtout un album magnifique d’intelligence, de fraîcheur et de sincérité.

Le plus impressionnant chez K’NAAN est sans doute sa capacité à parler de la violence sans jamais la glorifier, et ainsi laisser le public venir à lui dans un véritable sentiment de chaleur. Cela doit être ce que K’NAAN évoque lorsqu’il dit « souris pendant que tu saignes ».

Ce personnage déjà si charismatique n’a pas attendu longtemps pour faire parler de lui. Il a ainsi été décoré du titre de Messager de la Vérité par les Nations-Unies après un concert auquel il avait été invité, et au cours duquel il avait tellement convaincu que l’invitation a été renouvelée pour l’année d’après, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Commission aux Réfugiés des Nations Unies. Au cours du concert qu’il donna pour l’occasion, K’Naan s’est volontairement arrêté en plein morceau afin de lire un poème faisant référence à une mission catastrophique des Nations Unies à Mogadiscio en 1993, qui avait coûté la vie à plusieurs milliers de civils.

Mais la première fois que K’NAAN eut l’occasion de revenir sur ses terres africaines, et plus précisément en Somalie, ce fût pour y tourner le premier clip extrait de son album intitulé Soobax.

Cette personnalité aussi jeune qu’impressionnante étonne par sa maturité et son humilité. On ne sait dire si K’NAAN a choisi le hip hop, ou si ce style s’est imposé à lui par la force des choses, mais il évoque par son parcours et son aura quelqu''un qui aura lui aussi connu un fameux exode, un certain Bob Marley, qui consacra avant lui l’art de faire passer ses messages à travers sa musique. Et K’NAAN de conclure : « Je suis maintenant plus au clair avec ce que je suis, et je sais quand m‘effacer […] mais je ne pense pas que je me connaîtrai un jour complètement. Je connais mes racines et je connais mon but, mais mon caractère lui, continue d’évoluer. »


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