Issac Delgado est une star à Cuba, et ce, depuis des années, envers et contre toute mode, malgré ses infidélités. Le gaillard s’y faisait effectivement rare ces derniers temps. Trop occupé par des activités professionnelles au Mexique, il délaissait la scène cubaine et ne montrait guère de penchant à la composition. En 2005, enfin une bonne nouvelle sur l’île! Issac Delgado reprend du service. Signé par Lusafrica, il retrouve le chemin des studios Abdala et enregistre l’album Prohibido. Mixé à New York, impliquant la participation de Luis et Roberto Quinterto, deux frangins tambourineurs vénézueliens fameux à Nueva York (ils ont notamment accompagné La India) et celle d’Alan Pérez aux arrangements (ancien bassiste de Delgado, il vit désormais à Madrid, où il joue avec Paco de Lucia), ce nouvel album est la sensation de l’édition 2005 du Cubadisco, salon professionnel et vitrine de la production discographique cubaine, organisé chaque année à La Havane. Il restera un jalon remarquable, un coup d’éclat dans la carrière d’Issac Delgado, le dandy tombeur romantique, roi de la salsa cubaine.
L’histoire d’Issac Delgado commence le 11 avril 1962 à Marianao, au nord-est de la Havane, là où se situe le célèbre cabaret Tropicana. Son père est tailleur, sa mère, actrice, chanteuse et danseuse (elle a fait partie de Las Mulatas de Fuego, groupe de danseuses en vue à la fin des années 40). C’est elle et ses bonnes fréquentations qui vont semer la petite graine de la vocation dans la tête du gamin. A la maison, les jours de repos de sa maman, Issac voit défiler musiciens et acteurs, tels que Elena Burke, José Antonio Mendez, Martha Valdés. A 10 ans, il fait ses premiers pas en musique, sur un violoncelle, au conservatoire. Pas très motivé, le garçon abandonne assez vite, davantage attiré par le sport. Simple parenthèse, la petite graine était juste en hibernation. Le pianiste Gonzalo Rubalcaba va la faire fleurir en intégrant l’adolescent (le gamin a déjà 18 ans) dans le groupe Proyecto.
Quelques cours de chant plus tard, Issac Delgado naît une seconde fois. Il entame une carrière professionnelle au sein du Orquesta de Pacho Alonso, dirigé par Pachito Alonso, le propre fils de l’inventeur du rythme pilon, un style dansant entre le mambo et le cha-cha-cha, en vogue à Cuba dans les années 60. On est en 1983. Dès lors commence la route qui le mènera jusqu’aux joies et lumières du succès et de la notoriété. Après ses premières sorties à l’étranger et l’enregistrement d’un album avec le groupe de Pachito, il participe comme soliste au spectacle du Tropicana. A ses côtés, rien que du beau monde : Tata Güines, Elena Burke, Los Papines. En 1988, Issac Delgado devient chanteur de NG La Banda. Jusqu’en 1991, il fait route commune avec le groupe, date à laquelle, galvanisé par sa popularité grandissante, l’enthousiasme du public qui plébiscite ses talents de chanteur, il se lance, ose enfin le grand saut : former son groupe et se produire sous son propre nom.
Il enregistre un premier disque en 1992 au Venezuela, Dando la Hora sous la direction de celui qui a cru le premier en lui : Gonzalo Rubalcaba. D’autres suivront, dont El Cheveré de la Salsa (Prix Egrem 1995) enregistré avec Adalberto Alvarez (dit « el Caballero del Son ») ou Malecon, convoquant des invités de haut vol (Pablo Milanés, Gonzalo Rubalcaba, Samuel Formell, Germán Velazco, Joaquín Betancourt et Juan M. Ceruto).
Du Japon aux Etats-Unis, de l’Amérique Latine à l’Europe, il sillonne le monde, traverse les années. Jouant ici avec Celia Cruz, signant là un tube fulgurant (La vida es un carnaval) ou organisant un hommage à Benny Moré, il devient une des références les plus universellement connues de cette île très musicale qu’est Cuba. Aujourd’hui, Issac Delgado a une nouvelle carte maîtresse en main pour continuer sa route étoilée. Elle s’appelle Prohibido.